Au secours, toutes mes potes commencent à parler bébé (pendant que je galère avec mes stages)

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Le jour où j'ai compris que je n'avais pas pris tout à fait le même chemin que celui de mes potes... 

18 ans, le bac en poches, entourée de ma bande de potes, on refaisait le monde à la terrasse d'un café, en évoquant surtout notre avenir, qui nous apparaissait alors plein de promesses. Faire une école de commerce et devenir un magnat des affaires, tenter les Beaux Arts ou squatter les bancs de la fac de Lettres pour se lancer dans le journalisme, on se disait qu'on avait le temps d'essayer, de se planter et de réessayer, que la vie de grands avec les responsabilités et tout le bordel, c'était pas pour tout de suite. Et puis, un jour, je me suis réveillée et j'ai réalisé que je n'avais pas qu'un pied dedans. J'y étais embourbée jusqu'au cou. 

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Cette claque, je l'ai prise en retrouvant deux potes d'enfance, avec qui j'ai brièvement gardé contact et que je vois à l'occasion. CDI signé, maison à crédit en banlieue pavillonnaire, bague au doigt et premier bébé, le parcours de l'une est tout tracé. Fraichement larguée et paniquée à l'idée d'affronter la trentaine sans être maquée, pour l'autre, c'est l'angoisse totale. Au milieu, moi, je reste perplexe. Jusqu'à présent, je n'avais jamais considéré ma situation comme une urgence. Ma vie ressemble plutôt à un gros point d'interrogation, à une succession d'expériences plus ou moins foireuses, à de belles surprises quelques fois et de sacrés plantages par moments. Bref, le genre pas vraiment calibré pour une vie de famille. 

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Retour à ma réalité. Légèrement chamboulée par cette révélation, je m'en vais interroger mes potes, les vrais, ceux avec lesquels j'ai fait les 400 coups, ceux qui m'ont vue et que j'ai vu ramer pour décrocher un simple stage, enchaîner les jobs de merde pour se payer une chambre de bonne à Paris 18, galérer avec les plans Tinder et les amours impossibles. Et là, deuxième claque : je me rends compte qu'on a vieilli. Genre vraiment. Ma meilleure amie m'avoue être pressée à l'idée de pouponner, mon pote, ex-gros fêtard devenu pantouflard, me confie préférer passer ses samedi soirs tranquillou avec sa meuf plutôt que faire la fête tout le week-end, qu'il a finalement 30 ans passés et que tout ça, c'est derrière lui. Mon autre copine, en couple depuis 3 ans, me lance l'air le plus naturel du monde : "Bah, c'est vrai que ça fait un moment qu'on vit ensemble. Je pense que la prochaine étape, c'est de faire un bébé. Non ?". A son ton interrogatif, je comprends qu'il s'agit pour elle plutôt d'une case à cocher dans son contrat pour la vie d'adulte, d'une formalité à laquelle elle ne peut pas vraiment échapper, une sorte d'obligation déguisée. 

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Constat plutôt étrange lorsqu'on jette un oeil sur notre époque et notre génération, qui est plutôt branchée plan cul et pilule du lendemain que biberons et couche culotte. Mais n'est-ce pas ce qui nous angoisse le plus finalement ? Avoir le choix, décider de ne pas avoir d'enfant, d'emprunter délibérément la voie de la marginalité. Peut-être bien. Une chose est sûre, après une riche discussion avec mes potes, je me suis rendue compte que l'on était encore toutes influencées par nos parents, eux qui nous ont eu, pour la plupart, beaucoup plus jeunes et qui ont finalement pu vivre la crise de la quarantaine à fond. Et là, troisième claque. A 25 ans, alors que je ne sais toujours pas me faire une omelette, que j'appelle ma mère quand j'ai la migraine et que je ne fais toujours pas mon lit, après m'être réveillée (#thuglife), j'ai le sentiment que je dois pourtant répondre à la question la plus importante de ma vie : Mettre les teufs, les dates Tinder et les vacances improvisées entre parenthèses pour fonder une famille et pouvoir me la couler douce dans 15 ans ou, comme mes ainées de Sex and the City, vivre la trentaine à fond et considérer la maternité comme une option ? Au carrefour de ces vies diamétralement opposées, la pression n'a jamais été aussi intense. Tandis que la plupart de mes amis ont décidé qu'il était temps de pouponner, pour ma part, je vote pour l'insouciance, l'égoïsme et la futilité. Tiercé gagnant ? On en parle dans 10 ans. 

Source : Shoko - Crédit : Giphy, HBO