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L'histoire de la mode

Etre hipster, retour sur l'histoire d'un phénomène mode de société

Publié par
Sarah Attalaoui
, le .
Mis à jour le .
Temps de lecture : ~ 4 min
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Plus qu'une simple tendance, revendiquer son côté hipster est devenu un fait de contre-culture que l'on se propose de vous expliquer aujourd'hui. Voici les dessous d'un phénomène de société résolument mode

Au moment de la naissance de nouveaux courants mode, telle que la tendance Normcore, nous nous devions de vous expliquer avec nos mots ce que semble définir le mot hipster. Nous savons tous - parfois même parce que nous l'employons - que le terme hipster n'est pas vraiment positif et semble cacher un malaise ou tout du moins une incompréhension générale et très contemporaine. Pourtant, hipster est un terme né au milieu des années 1940 et était relatif aux looks travaillés des hommes qui fréquentaient les cercles amateurs des clubs de jazz et bebop. Le hispter n'est donc pas l'amateur de jazz mais celui qui copie ce dernier; une nuance qui a son importance quand on sait que l'on parle aujourd'hui de contre-culture pour définir la mouvance hipster. Bien que le terme relève de caractéristiques aussi intellectuelles que sociales, on note que la dimension mode est primordiale. De nouvelles normes mode qui reprennent des classiques des décennies passées, comme le jean taille haute dont l'histoire puise ses sources dans les années 50. Mais qu'est-ce réellement qu'être hipster ? Si nous faisons dans le cliché se serait une suite de looks tels que sneakers/jupe/chapeau pour les filles et barbe/jean slim/t-shirt griffé pour les hommes.

Pourtant ceci est bien plus compliqué et tend vers la mode du fourre-tout dès lors que l'originalité souvent ostentatoire est de mise. On souligne que ce terme était exclusivement réservé aux hommes avant que les filles ne s'emparent du mouvement faisant de cette tendance un état d'esprit. Le mot d'ordre du hipster serait "vivre à la cool" mais dans quelles conditions ? Bien sûr ce fait sociologique n'est pas sans s'accompagner de valeurs telles que vivre mieux, manger mieux, fumer mieux, écouter la meilleure musique, lire les meilleurs livres, penser rétro plutôt que futuriste, traîner dans les lieux les plus récents ... Nous n'avons aucunement l'envie d'être réductrices mais cette façon élitiste d'aborder les choses quotidiennes à légèrement tendance à agacer par son côté artificiel. Ne nous mentons pas, la plupart des hipsters que nous croisons, filles et garçons confondus, semblent s'être tout d'un coup découverts des passions insoupçonnées et un goût prononcé pour un style vestimentaire qui prône la récup', l'originalité et la recherche visuelle incontrôlée.

Crédit : Zara
Crédit : Zara
Crédit : Nasty Gal
Crédit : Phil Oh
Crédit : & Other Stories

Certains utiliseront le mot d'avant-garde pour définir le style vestimentaire des hipsters, d'autres celui de copistes et enfin d'autres, comme nous, y verront simplement un prétexte pour essayer d'appartenir à une mouvance, en rejetant paradoxalement le groupe qu'il induit. Essayer de nouvelles choses n'est-ce pas le fondement de la mode et le travail quotidien des créateurs et designers ? Les hipsters seraient donc des portes-parole d'une culture mode en mouvement ? Peut-être. Mais là où le flou demeure c'est quant à cette idée qu'il faut forcément être à contre-sens de tout le monde, faisant passer les personnes au style travaillé pour des pantins mainstream. Cependant quand une tendance se normalise, ne parlons-nous pas de culture de masse et ainsi le mot mainstream ne revient-il pas sur le tapis ? C'est l'entière question que nous nous posons. Nous relevons également le fait que les sociologues et journalistes apparentent le qualificatif hipster à une tranche d'âge très précise : les 18-25 ans. Ce qui signifierai que ce style vestimentaire et social est voué à être abandonné ou à évoluer dès lors que vous avez 25 ans et un jour.

Un constat terriblement triste qui tend à réduire le mot hipster à un énième caprice générationnel quand ceux qui y participe tentent de confronter leurs idéaux - à tord ou à raison - aux yeux des autres. En effet, être hipster c'est croire à un idéal et aussi se montrer aux yeux des autres. Le danger ? Faire de la mode un jouet de l'image et du paraître, en enlevant toute la dimension artistique de ceux qui la font chaque jour. Bien que nous soyons dans une société de l'image, cette politique de la différence renforce les clichés. A force d'adopter une attitude révolutionnaire envers la masse, les hipsters ne font-ils pas qu'accentuer ce fossé, parfois ridicule, entre ceux qui vivent au jour le jour et ceux qui s'inventent un style de vie et vestimentaire, légèrement futile, pour une période éphémère ? Le hipster se revendique comme tel mais dans la communauté qui l'anime seulement. Nous nous retrouvons donc face à une incompréhension totale qui ne fait qu'envenimer les choses en faisant de la mode mais aussi du lifestyle des armes sociales difficilement gérables.

On le voit notamment avec les retours de certaines pièces mode comme la Birkenstock, adoptée par les hipsters ou les adeptes du Normcore , qui devient détestable du fait de sa généralisation à outrance tandis que d'autres l'utilisent pour son confort légendaire sans penser à leur look. Cette attitude n'est évidemment pas réduite à la mode et s'installe dans une dynamique de gentrification qui dénature des espaces neutres en les transformant en repères sectaires. Les marques et boutiques ne sont d'ailleurs pas épargnées. Pensez à American Apparel, The Kooples ou encore Cheap Monday. Courir après le dernier lieu branché, rendre confidentielles des choses qui ne le sont pas semblent être des principes propres à la recherche identitaire du hipster. Nous évoquions le mot culture car les hipsters sont dans la quête systématique d'une reconnaissance qui établie des codes précis auxquels il faut appartenir et non subir. La mode en fait intégralement partie du fait qu'elle est une arme identitaire forte depuis toujours. Nous n'avons qu'à penser aux punks, par exemple. Nous comprenons donc qu'être hipster n'est pas seulement une mode ou un art de vivre mais est bel et bien une nouvelle strate sociale assez utopique et très fermée qui nous perd peu à peu. Ceci nous empêche d'apprécier un look à sa juste valeur, pour cause de discours prétentieux, et nous enlève le droit de n'appartenir à aucune catégorie définie par la société. Nous nous demandons donc dans quelle position se retrouve la fille lookée, par amour de la mode, qui ne met ne revendique pas son appartenance aux hipsters. ou tout autre groupe mode émergent . A méditer sans plus attendre.

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