Exposition Mode : Le bord des mondes, le reportage exclusif avec l'interview de Jean-Charles de Castelbajac

par
Après l'interview exclusive, Jean-Charles de Castelbajac prend la pose pour meltyFashion

Le bord des mondes, c'est l'exposition à ne surtout pas rater au Palais de Tokyo. L'exposition retrace le travail de créateurs novateurs et atypiques. meltyFashion vous raconte la soirée du vernissage en présence de Jean-Charles de Castelbajac et l'interview exclusive qu'il nous a accordé...

Lundi 16 février, meltyFashion se rendait au vernissage de l'exposition Le bord des mondes, au Palais de Tokyo. Une exposition impressionnante, éclectique et d'une rare qualité qui présente des artistes talentueux de tous les horizons de l'art contemporain. Le show fait partie de l'une des expositions mode à ne pas rater à Paris comme Déboutonner la mode, une exposition présentée en ce moment aux Arts Décoratifs. Pour le vernissage Le bord des mondes, les Sapeurs, ces hommes congolais provenant du mouvement de la sape et habillés pour l’événement de pièces Jean-Charles de Castelbajac et Yohji Yamamoto, ont réalisés une performance digne de leur groupe. Le show était joyeux et mouvementé, le célèbre créateur Jean-Charles de Castelbajac a fait une apparition à la fin de la performance. Outre l'événement éphémère, l'exposition retrace le style des Sapeurs, ainsi que les travaux d'Iris Van Herpen, créatrice néerlandaise et de Charlie le Mindu, coiffeur et créateur français, aux créations originales et insolites. Le point commun entre ces deux créateurs ? L'utilisation de matériaux atypiques pour créer des pièces contemporaines voire futuristes.

La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
Exposition mode - Les Sapeurs s'habillent de façon originale en adoptant des couleurs criardes et des costumes exubérants
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
Exposition mode - L'une des tenues excentrique des Sapeurs exposée sur les murs du Palais de Tokyo
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
Exposition mode - Le look des Sapeurs s'inspire des dandys et du costume anglais
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
Exposition mode - Fin de la performance des Sapeurs au Palais de Tokyo en compagnie d'un Jean-Charles de Castelbajac qui semble bien s'amuser
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs
Exposition mode - Le défilé des Sapeurs au Palais de Tokyo commence de façon agitée
La veste nounours de Jean-Charles de Castelbajac portée par un des Sapeurs

La sape (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) est un mouvement développé dans les années 1960 à Brazzaville (au Congo), puis à Kinshasa et à Paris dont le nom vient du verbe "se saper". Cette communauté est complexe et mobile, son origine historique reste floue, bien que nous puissions remonter au mouvement jusque dans les années 1920. La sape n'est portée que par des hommes. Elle est pratiquée de préférence par des citadins qui aiment l'élégance et souhaitent s'exhiber et se démarquer. Le tissu est le symbole d'une émotion pour les Sapeurs. Ces hommes adoptent le costume anglais, portent des couleurs criardes et uniquement des vêtements de grandes marques. Ce sont des néo-dandys influencés par l'Occident. Durant la performance du vernissage Le bord des mondes, les Sapeurs crient et font des sortes de prières. Ils gesticulent dans tous les sens et courent dans tout le Palais de Tokyo vêtus en Yamamoto et Castelbajac. Selon le créateur français, ces hommes prennent la société à contre-pied. Jean-Charles de Castelbajac est un modèle pour les Sapeurs, qu'ils considèrent comme "un homme de couleurs".

Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Exposition mode - Charlie le Mindu crée des perruques folles, excentriques et novatrices
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Exposition mode - L'une des magnifiques robes de la créatrice Iris Van Herpen exposée au Palais de Tokyo
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Exposition mode - Le Bord des Mondes présente Iris Van Herpen, Charlie le Mindu et les Sapeurs pour leurs travaux novateurs et leur style décalé
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Exposition mode - Le vernissage de l'exposition Le bord des mondes a réuni une foule prête à découvrir le travail de nombreux artistes
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo
Exposition mode - Jean-Charles de Castelbajac dessine des ailes sur le mur et pose gentiment pour meltyFashion
Les créations futuristes d'Iris Van Herpen au Palais de Tokyo

S'ensuit la visite des travaux étonnants d'Iris Van Herpen et de Charlie le Mindu, qui a fait l'honneur de sa présence. L'exposition ferait presque penser aux travaux atypiques de l'exposition de Stella Cadente et de Florian Claudel. Iris Van Herpen travaille à Amsterdam mais est reconnue dans le monde entier pour son fabuleux travail sur les matières et les volumes. Son approche est clairement expérimentale. Le monde de la mode parle d'une mouvance futuriste dans ses créations. La créatrice a recours aux technologies numériques et explore les possibilités offertes par la science pour concevoir des tenues fabuleuses, monstrueuses et complexes. Pour le Palais de Tokyo, Iris Van Herpen expose plusieurs de ses robes aux matières étonnantes. La designer a l'habitude de travailler avec du cheveux, du cuir, du métal ou encore du plexiglas. Autre ovni de la mode, Charlie le Mindu, coiffeur et créateur français qui imagine des perruques démesurées sous le nom de "haute coiffure". Les cheveux sont une parure comparable aux vêtements selon lui. Avec des cheveux de Russie, le créateur conçoit des tables, des perruques et des vêtements. Il use de nombreuses techniques et matériaux, comme le fil d'or qu'il coud aux cheveux, pour créer des sculptures étonnantes, futuristes et drôles. Des créations exceptionnelles à voir absolument au Palais de Tokyo. Et maintenant nous vous laissons découvrir notre interview de Jean-Charles de Castelbajac en exclu pour meltyFashion...

meltyFashion : Jean-Charles de Castelbajac, quel est votre rapport à la sapologie ?

Jean-Charles de Castelbajac : Mon rapport est historique. Moi-même j'étais une forme de sapeur quand j'avais dix-sept ans. Je voulais m'habiller différemment, je voulais être différent. Je m'achetais des mini pulls, je volais des pulls Cacharel roses de ma mère, je m'achetais des boots de Beatles. Je crois que dans l'idée de la sape, il y a l'idée de transcender les difficultés d'être, les difficultés de la vie. Au lieu de souffrir, on crée, et c'est cela notre point commun.

mF : Oui, vous portez une cravate avec un motif écossais assez punk...

JCDC : Et bien c'est la cravate de Malcom McLaren en plus, qu'il m'a offert.

mF : Quel regard portez-vous sur les créations expérimentales d'Iris Van Herpen ?

JCDC : Iris est plus que douée. Elle a un univers, une vision. Il y a quelque chose de spirituel dans le travail d'Iris. Bien au-delà de la mode, Iris est justement au bord des mondes. Elle est à la frontière, comme moi, entre mon travail de peintre et d'artiste et mon travail de designer. On est de la même famille avec Iris. Elle a un sens du volume tout à fait extraordinaire.

mF : Vous avez toujours introduit l'art dans vos compositions mode... Est-ce que vous pensez que le duo art et mode est aujourd'hui la clé de la création ?

JCDC : J'introduit l'art par la nature des choses. Avant de faire une école de mode, j'ai commencé par les beaux-arts. C'est ce qui me guidait, même dans mon travail de mode, donc cela est venu naturellement en fait. C'est ce que voudrait le marketing. Est-ce que la clé de la création c'est juste des collaborations ? Je pense justement que la mode et l'art sont quelque chose de naturel. Ça ne peut pas s'inventer. Ce n'est pas juste un co-branding. Cela dépend de l'ADN de chaque maison, de chaque designer. Est-ce qu'il a cette affectation ? Ou est-ce qu'il va utiliser de saison en saison l'art comme une tendance ? L'art n'est pas une tendance, l'art est une question. La mode est là plutôt pour répondre à des questions. Il y a toujours cet antinomie, cette liberté qui fait que, souvent, on voit des vitrines très arty et puis, quand on regarde le produit, il n'est pas arty du tout. L'art n'est pas un camouflage.

mF : Les sapeurs devaient faire un défilé. Finalement, c'était une performance. C'était improvisé ? Qu'en avez-vous pensé ?

JCDC : C'était incontrôlable. C'est comme les nuages à Tahiti. Vous avez une averse, c'est ce qui est très beau. Le mot "défilé", déjà, je n'étais pas d'accord. Je trouve cela très réducteur. Ce ne sont pas des gens qui défilent. Ce sont des gens qui créent, qui sont dans la fulgurance, qui sont dans la différence. Un défilé est là pour constater, pour être admiratif. Eux sont bien au-delà. C'est comme le mouvement punk. Ils sont là pour nous poser des questions, pour nous provoquer, pour nous emmener ailleurs. C'est comme une religion la sape. Il y a des prières qui ont trente ans. Il y a des religions contemporaines qui n'ont pas de prières... Donc voilà, je crois que c'est un quiproquo.

mF : Que représente l'exposition Le bout des mondes en trois mots pour vous ?

JCDC : Elle représente la vérité. Aujourd'hui, l'art est au bout des mondes. Pourquoi l'art ne serait-il que dans les musées ? Pourquoi l'art serait-il dans les galeries ? Pourquoi l'art serait-il cloisonné sur des murs ? C'est obsolète cette idée-là. L'art est partout. L'art est dans la rue, l'art est dans la manière des gens de s'habiller, quand ils ont l'audace d'être fort et de ne pas avoir peur du regard des autres. Donc, l'art est là, et heureusement qu'il est là parce que quand on regarde autre chose que l'art, en dehors de l'amour, avec ce qu'il se passe dans le monde ce n'est pas très joyeux. L'art est la seule chose qui puisse nous sauver je crois.

Source : CP Palais de Tokyo - Crédit : melty.fr