J'ai repris la pilule et j'ai vécu l'enfer, bienvenue au pays des hormones incontrôlables

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Pas étonnant que de plus en plus de Françaises la délaissent au profit d'un autre moyen de contraception

La pilule. Quand t'es ado, dans ta période de découverte de ton corps, de la sexualité, de l'amour, tu regardes un peu la pilule avec des yeux rêveurs - tu penses que le fait de la prendre, ça fait de toi une grande : une femme indépendante, une petite amie sérieuse ou une partenaire responsable. C'est, après le fait d'avoir ses règles pour la première fois, une nouvelle étape dans ta vie de femme, en quelque sorte. Pour ma part, je l'ai un peu vécu ainsi en tout cas : j'étais ravie qu'on me la prescrive, d'en finir avec la "galère" (galère pour qui ?) du préservatif et de m'émanciper de ce point de vue-là. Mais après plusieurs années de prise - et d'emmerdements, je m'en rends compte aujourd'hui, elle a fini par m'horripiler : ses effets secondaires étaient de plus en plus présents et je ne me voyais pas avaler un comprimé chaque jour jusqu'à la fin de ma vie. C'est alors que j'ai pris la décision de faire poser un stérilet pour en finir avec tout ça - plus d'hormones de synthèse, de risques de phlébites et autres réjouissances, plus de souci d'oubli, plus de problèmes de libido : le DIU s'imposait comme la solution idéale dans mon cas. Long story short, il s'est avéré que le stérilet ne l'était (pour moi).

L'abandon du stérilet, les prémices d'une épopée

Malgré une pose dans d'excellentes conditions, le dispositif m'a fait souffrir durant de longs mois - un an pour être précise. C'est long, un an. Douleurs abdominales aléatoires tout au long de mes cycles (surtout lors des rapports) entraînant une inflammation chronique de l'abdomen, flux bien plus important... mon stérilet s'est avéré un petit cauchemar : moi qui n'avais jamais eu mal au ventre durant mes règles, j'étais servie. A contre-cœur, j'ai donc programmé la dépose de mon petit bout de cuivre. Et forcément, la question de la contraception est revenue sur la table. Que prendre à présent ?

Le mirage d'une contraception sans hormones durable

Face à l'offre contraceptive du marché français, je suis restée hagarde. Si j'avais opté pour le DIU, c'était bien pour en finir avec la prise d'hormones et après une longue discussion avec la gynéco, force était de constater que je n'avais pas vraiment le choix que d'en bouffer à nouveau - lorsque cape cervicale, anneau vaginal, préservatif masculin et retrait sont rayés de la liste, il ne reste que des hormones pour pleurer. Finalement, j'ai accepté de donner une seconde chance à la pilule, bien trop effrayée par l'implant, le patch et les injections, dont le niveau d'hormones délivré s'avérait incontrôlable, et dont les effets indésirables pouvaient être encore plus imprévisibles.

Retour de la pilule et début des emmerdes, partie 1

Comme je l'avais fait plusieurs années auparavant, j'ai opté pour une pilule micro-dosée, une nouvelle plaquette avec un petit nom sexy (pour te la faire avaler plus facilement, faut croire) afin de ne pas retomber dans les travers de mes anciens comprimés. "Je vous la prescrit pour 1 an, comme ça vous serez tranquille si elle fonctionne bien", m'a dit ma gygy. Deux mois plus tard, je revenais dans son cabinet : non, ça ne va pas, elle me fait transpirer comme un bœuf et on est en plein hiver, ça ne m'arrange pas franchement si vous voyez ce que je veux dire. Dès le moindre effort - marcher d'un bon pas, rien que ça - un voile de sueur recouvrait tout mon corps, de mon dos à mon ventre en passant par ma poitrine et j'arrivais, en plein mois de février, complètement trempée au bureau - et je ne parle même pas des rhumes que je me suis chopée à cause de ça.

Rebelote, on a cherché une autre pilule dans la liste ; on a étudié les excipients de la précédente, fait des hypothèses sur mes éventuelles intolérances avant de tomber d'accord sur une référence de deuxième génération. "Je vous la prescrit pour 1 an, comme ça..." Je connais la chanson. Heureusement, merci le système de santé français, mes rendez-vous chez la gynéco sont entièrement remboursés parce qu'à ce rythme là, j'y aurais foutu toutes mes économies. Parce que vous avez compris ce qui va suivre : j'y suis retournée deux mois plus tard, complètement au bout du rouleau. La nouvelle pilule n'avait rien arrangé à mes suées, pires encore : non seulement elles continuaient, mais j'avais à présent embarqué dans une montagne russe émotionnelle : un rien me faisait chialer - une situation de stress, une contrariété, Quelque chose de Tennessee, le film Ladybird - et c'était devenu pesant.

Après ça ? Bingo, t'as deviné, j'ai ENCORE changé de pilule. "Remettez-moi Leeloo, je n'en peux plus, elle me convenait pas si mal y'a 2 ans, on part sur ça", j'ai dit. J'ai quitté le cabinet soulagée, impatiente à l'idée que les effets secondaires de mes pilules précédentes se dissipent et que je puisse enfin redevenir moi-même. La bonne nouvelle, parce qu'il y en a une, c'est que l’ascenseur émotionnel a pris fin. La mauvaise, c'est que j'ai continué à transpirer l'équivalent d'une piscine olympique, même par 10°C dehors - et je suis consciente que je suis chanceuse, certaines femmes expérimentent des effets secondaires bien plus sérieux et multiples. A ce stade-là, certaines d'entre vous penseront peut-être que je suis stupide, que je n'aurais jamais du retenter ma chance avec la pilule, et encore moins trois fois d'affilée. Et je suis d'accord avec vous, c'était de toute évidence une erreur de débutante.

Retour de la pilule et emmerdes, partie 2

Début septembre, après avoir terminé mon premier trimestre sous Leeloo, j'ai suis retournée voir ma gynéco. Au début, elle m'a présenté d'autres pilules encore - des troisième génération, ces comprimés bien perfides qui te filent des embolies et font crever des jeunes filles en bonne santé - mais j'ai dit non. Non, je veux arrêter les hormones, je veux que mon corps retrouve son équilibre, son taux d’œstrogènes et progestérone à lui. Du coup, on a parlé pause thérapeutique et à la place, on a convenu qu'un arrêt total pendant trois mois minimum serait peut-être bénéfique et qu'il permettrait sûrement de comprendre la cause de mes suées (comme si j'avais un doute sur leur provenance, smiley sarcastique). Prise de sang et bilan hormonal chez un endocrinologue m'ont également été prescrits - c'est dire les méfaits que la pilule peut avoir causé sur mon organisme.

Un cycle s'est écoulé depuis que j'ai arrêté la pilule. La fois précédente, il n'avait pas fallu longtemps pour que je constate la dissipation de ses effets mais cette fois-ci, c'est différent - à croire que j'ai vraiment bousillé mon corps. Un mois plus tard, le problème persiste, inutile de dire que le moral en prend un coup. Je suis plus malade que jamais mais aussi, je suis en colère. En colère contre moi-même évidemment, pour avoir naïvement fait confiance à un mode de contraception que les françaises délaissent de plus en plus (une étude Ifop pour IllicoMed vient de mettre en évidence que 37% des femmes y ont aujourd'hui recours, contre 45% en 2010), mais aussi en colère contre les hommes, qui aujourd'hui encore ne partagent pas suffisamment la responsabilité de la contraception avec leurs partenaires.

Pourquoi sommes-nous celles qui se bousillent la vie et la santé ? Pourquoi la contraception serait-elle une histoire de femme ? Tristement parce qu'on ne fait pas suffisamment confiance aux hommes pour assumer cette responsabilité, c'est une chose, mais aussi parce que les laboratoires pharmaceutiques ne poussent pas l'idée dans ce sens, alors que la pilule masculine pourrait être commercialisée si seulement les tests cliniques nécessaires étaient effectués. A ce sujet, je vous invite d'ailleurs vivement à écouter le podcast "Contraception masculine : au tour des hommes" de l'excellente émission Les couilles sur la table en écoute en bas d'article ;)

Et après ?

Aujourd'hui, j'ai pris ma décision : hors de question pour moi de reprendre un jour la pilule ou un tout autre moyen de contraception hormonal. Je ne sais pas encore si je reviendrai au stérilet - et réitérerai peut-être une nouvelle erreur - ou si je lâche prise et choisis d'explorer la piste des méthodes "naturelles" (retrait, observation de la glaire cervicale, de la température du corps...) mais il y a une chose dont je suis sûre : je ne veux plus souffrir physiquement et moralement d'un moyen de contraception, et je ne veux plus que la contraception féminine soit considérée comme acquise par la société.

Source : Shoko - Crédit : PhotoAlto/Frederic Cirou,Getty Images

1 commentaire
  • J'ai arrêté la pilule il y a un an et demi... trop d effets secondaires (sautes d humeurs, baisse de libido, bouffées de chaleur Et j'en passe). Je n ai qu'une chose à dire : je revis. Je suis mes cycles sur une appli, nous utilisons le préservatif mais pour rien au monde je reviendrais à la pilule JAMAIS !!!!