J'ai testé une journée de jeûne et j'en suis sortie vivante

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Jeûner? Je n'ai jamais voulu, puis j'ai testé. Résultat: j'adore ça.  

Lors d’un mariage dans le sud de la France, entre le plateau de fromages et la pièce montée, un ami s’est tourné vers moi la bouche pleine en me disant « Tu sais que depuis plusieurs mois, je jeûne du dimanche soir au mardi matin ? » N’ayant pas un planning détaillé de ses activités je n’étais effectivement pas au courant et étant donné le contexte, c’est vrai que je ne l’aurai pas imaginé. S’en est ensuite suivi une bonne demi-heure d’explications sur les vertus de cette pratique. Coupés par le lancement de la première danse nous n’en avons plus reparlé. Le lendemain, cette idée m’est revenue en tête (quand cette dernière est finalement sortie des vapeurs de l’alcool). En tant que professionnelle de l’information je me suis mise à faire des recherches et croiser différentes sources. Bien-être, régénération de l’organisme, purification de la peau, repos des organes, méthode efficace contre les maladies… j’ai trouvé de nombreux articles ventant les mérites du jeûne. C’est à ce moment là que mon âme d’enquêtrice s’est activée et que j'ai décidé de me lancer un pari fou: 36h sans manger. Une petite précision est nécessaire avant de débuter le récit de l’expérience. Je ne suis pas le genre de fille qui arrive en fin d’après-midi en disant « Zut j’ai complètement oublié de déjeuner aujourd’hui ». Non, je suis plutôt de celles qui risquent le malaise si elle ne goûte pas à 16H30 précise. Ce petit point de détail te permettra de comprendre à quel point cette aventure prouve mon dévouement sur l'autel du journalisme d’investigation.

18h: Les adieux

Mon ami m’a précisé qu’il fallait arrêter de s’alimenter à 18 heures pile. Adieu, le précieux repas du dimanche soir qui est souvent gras et se déguste affalé devant une série Netflix. Je suis les consignes, après un petit encas bien savouré, je baisse les couverts et dis adieu à mon amie la nourriture. Quand je vais me coucher, vers 23h, je sens déjà les effets du jeûne : j’ai faim.

9h : Un début prometteur

Le petit déjeuner est mon repas préféré, mais là étonnement je n’ai pas faim. Je suis mentalisée, prête à croquer cette journée de jeûne à pleines dents. Je me fais un petit thé (c’est pas non plus Ramadan, on peut boire), j’enchaîne avec mes postures des 5 tibétains et je décolle légère comme une plume vers le bureau.

13h : Rompre avec ses habitudes

Après quelques minutes de défaillance vers les 11 heures, j’ai redressé la barre et traverse cet océan de la disette sans encombre. A 13h, je dois effectuer une manœuvre habile pour ne pas sombrer. Je n’ai pas forcément très faim mais dans toute entreprise, la pause déjeuner c’est sacrée. Mes collègues essayent de me tenter, mais je résiste. J’ai du travail, je m’occupe. Mon ventre tente quelques gargouillis mais je fais la sourde oreille, fière et motivée par ma pugnacité.

15h : Détourner son attention

Je quitte le bureau, direction la maison. C’est là que les complications sérieuses commencent. Sur le trajet, je me sens un peu fébrile, la tête ailleurs, j’ai du mal à me concentrer. Une fois chez moi, je suis seule face à mon frigo qui me tend les bras. Il faut s’occuper pour ne pas plonger. Je décide d’entreprendre un ménage entier de l’appartement et je pars ensuite direction la salle de sport. Note à moi même : j’ai une motivation incroyable, je n’ai jamais été autant productive dans une seule et même journée.

17 : L’heure de la remise en question

Je ne peux plus me mentir à moi-même, j’ai faim. Je crève de faim même. Toutes mes forces m'ont quitté. Je me demande pourquoi je m’inflige ça ? Qu’est-ce que mon corps m’a fait pour que je le punisse de la sorte ? A quoi bon se frustrer alors que quoiqu’il advienne, on va tous mourir ? Boire du chocolat chaud, ce n’est pas manger? Toutes ces questions réussissent presque à me faire flancher, mais je tiens bon. Je m'autorise juste un verre de jus d’orange. Je ne sais pas si c’est autorisé, mais le sport n’était pas forcement une bonne idée et j’ai vraiment besoin d’un peu de sucre. Je me ressaisis et reprends les reines de cette chevauchée à travers le désert gustatif.

20h : L’étape de l’épreuve ultime

A quoi reconnaît-on ses amies ? A leurs capacités à vous accompagner et à vous soutenir dans des moments importants de votre vie. Cette expérience m’a permis de faire un amère constat : je n’ai pas d’amies. Alors que l’on se retrouve pour un apéro filles, j’explique à ces soit disant « copines » ma démarche. Après quelques minutes d’attention, elles me félicitent de mon professionnalisme et d’un commun d’accords (sauf le mien of course) décident de commander une énorme pizza pour accompagner leurs verres de rosés. Quand j’ai le malheur de m’offusquer, je me fais renvoyer dans les cordes par une phrase d’un égoïsme inouï « Tu vas pas nous emmerder, tu fais ce que tu veux, nous on a faim ». J’assiste donc désemparée à cet odieux spectacle fait d’êtres sans cœur, vilement animés par leurs instincts primaires, qui dévorent avec empressement et sans aucune compassion une margherita bien fondante, cuite à merveille, dont les effluves charmeuses tentent de m'attirer. A ce moment précis, en tant que disciple et fan, je suis les conseils de Franc Gall, je prouve que j’existe et résiste !

23h : Résilience et satisfaction

Je rentre de cet apéro ravie, légère, sereine et fière de moi comme si j’avais réussi à gagner la plus difficile des épreuves de Koh Lanta. Je me sens divinement bien et tombe dans les bras de Morphée en toute sérénité.

9h : Le constat

Moi qui pensais me réveiller affamée, j’ai du mal à terminer mon petit déjeuner. L’appétit m’aurait-il quitté définitivement ? Je ne pense pas, mais en tous cas je me sens bien dans mon corps et dans ma tête après cette petite diète. Je n’ai pas envie de m’empiffrer mais seulement de suivre mes envies et pas plus. Toute la semaine se déroule sur cette même pensée. Petit plus : j’ai une peau resplendissante et de beaux cheveux. Il est dit que lorsque l’on jeûne, la flore intestinale est au repos donc a le temps de se rééquilibrer, ce qui agit directement sur l’aspect de la peau et des cheveux.

Je crois que je détiens dorénavant la meilleure des excuses pour annuler un dîner ou une sortie: désolée j'ai jeûne. Car le mois prochain, même lieu, même heure je recommence mon jeûne. A croire que "jeûne" peux plus m'en passer :).

Source : shoko.fr, giphy.com,  - Crédit : unsplash, @alexiby