La déprime due à la dégradation de l'environnement existe et ça s'appelle la solastalgie

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C'est le mal du 21ème siècle.

Des cyclones qui dévastent des régions entières, des moussons qui s'étendent sur la durée, des pics de pollution toujours plus récurrents, des canicules à répétition, des îles qui disparaissent de la surface de la Terre, des espèces d'animaux en voie d'extinction, des êtres humains toujours plus malades... n'en déplaisent aux climato-sceptiques, notre planète va mal - de plus en plus mal - et en l'espace d'une vie humaine, son équilibre façonné durant plus d'un milliard d'années est plus que jamais menacé.

Ce constat, la dégradation de l'environnement par l'homme, ne date peut-être pas d'hier, mais le passage au 21ème siècle a sans aucun doute accentué la prise de conscience collective, notamment grâce à l'expansion d'Internet et des médias sociaux. Face à cette observation, un philosophe australien de l’environnement du nom de Glenn Albrecht a même développé le concept de solastalgie, (néologisme formé à partir des mots « solacium » et « algia » qui signifient réciproquement « réconfort » et « douleur » ), mettant ainsi un mot sur le sentiment d'anxiété ressenti par certains face à la dégradation de l'environnement. « Contrairement à la nostalgie, la mélancolie ou le mal du pays que ressentent les individus séparés de leur maison, la solastalgie est la détresse engendrée par les changements environnementaux ayant un impact sur les personnes alors qu'elles sont directement connectées à leur environnement », expliquait le philosophe en introduction de son papier dans une revue universitaire de 2007.

« Si vous avez déjà ressenti de la tristesse en pensant aux animaux marins qui meurent étouffés par les déchets plastiques, si vous vous sentez inquiets face à des étés de plus en plus caniculaires, ou si vous hésitez à faire des enfants à cause de la destruction de la planète, c’est que vous souffrez peut-être de solastalgie », explique très concrètement Alice Desbiolles, médecin de santé publique spécialisée en santé environnementale dans une interview de février 2019 pour Mr Mondialisation. « La solastalgie affecte les individus conscients qu’ « il n y a pas de planète B », pour reprendre un slogan popularisé lors des marches pour le climat », poursuit-elle dans l'article.

Si la notion de solastalgie n'est aujourd'hui pas reconnue par le domaine de la psychologie, elle pourrait un jour le devenir si les conséquences du dérèglement climatique continuaient à s'aggraver. Et au vu des événements - des multinationales qui produisent du plastique à la chaîne, de l'industrie agroalimentaire qui repousse les limites de la production de viande et rase des centaines d'hectares de forêt primaire pour cultiver le palmier à huile, des pays qui achètent les quotas de pollution des autres... il y a fort à penser que les choses continuent (pour l'instant) dans ce sens.

Heureusement, les espoirs ne sont pas vains et initiatives individuelles et populaires restent importantes pour encourager un changement au niveau étatique puis mondial - se sensibiliser à l'environnement en regardant le génialissime docu Notre Planète de Netflix, s'engager dans une association, réduire sa consommation de plastique, modifier ses habitudes alimentaires, réaliser le défi du février sans supermarché, se mettre au plogging... Et si la solastalgie se manifeste parfois de manière plus violente (crises d'angoisse, insomnies...), méditation et mise au vert sont un premier pas vers le réconfort...

Source : Shoko / mrmondialisation.org - Crédit : William Bossen via Unsplash