Non, nous ne sommes pas folles, les tailles de vêtements ne veulent aujourd'hui plus rien dire

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Et on ne sait plus à quelle taille se vouer ! 

Nous en avons probablement toutes fait l'expérience. A la recherche d'un joli jean coupe mom, nous voilà en train de scruter avec attention les étals de nos enseignes préférées, bien décidées à mettre la main sur la perle rare. Ça y est : on finit par la trouver ! On court l'essayer en cabine et là, c'est le drame : nos fesses ne passent pas dedans. « Bah, il fait bien du 38 ce jean pourtant ?! OK, c'était peut-être un modèle un peu chelou », pas grave, on retente le coup dans une autre boutique. Même coupe, même taille et là, surprise : on flotte littéralement dedans. What the f¨ck ?!

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Non, nous ne sommes pas folles : les tailles de vêtements ne veulent strictement rien dire. Une récente enquête de 60 millions de consommateurs publiée en 2016 venait nous apporter quelques éléments de réponse. Après avoir étudié les tailles de plusieurs mêmes modèles de fringues, le mensuel révélait que celles-ci peuvent en effet afficher jusqu'à 8 centimètres d'écart pour des chemisiers, selon les enseignes. Même constat pour le tour de tailles des pantalons. « Chaque marque travaille avec sa propre grille de tailles et sa propre conception de la silhouette » expliquait un styliste ayant travaillé auprès de plusieurs enseignes de fast-fashion au mensuel.

Autrement dit, un 38 chez Zara ne correspondra pas au même 38 chez Promod. Tout simplement parce que l'enseigne vise sa propre clientèle et adapte alors ses tailles à celle-ci. De plus, les marques ont souvent recours au Vanity Sizing, une technique de vente qui consiste à flatter l'ego de la cliente en baissant généralement les tailles de ses vêtements. Alors qu'elle fait un bon 40, elle rentrera parfaitement dans un 38, sera à priori flattée et achètera sans hésiter la fameuse pièce.

Ce qui explique pourquoi ces dernières années, les vêtements ont perdu en moyenne une taille. En France, les réglementations sur les tailles sont tellement hasardeuses qu'elles permettent aux enseignes de statuer les leurs, une disparité entre les marques qui créée forcément un sentiment de confusion chez les clientes. Dernièrement, c'est la blogueuse La Vie en Lucie qui poussait un énorme coup de gueule sur son compte Twitter, après avoir tenté de rentrer dans un pantalon Zara taille L, en vain.

« @Zara, vous n'avez pas l'impression d'abuser avec vos tailles. Un short L que je ne peux monter au-dessus des genoux. J'ai des formes oui, mais de là à ne pas même pas pouvoir rentrer dans un L ? (plus grande taille vendue sur ce modèle par ailleurs) » s'était-elle étonnée, ajoutant « Après, on s'étonne que les femmes se trouvent grosses ». Un tweet rapidement devenu viral et partagé par plusieurs internautes qui avouaient également ne plus rien comprendre à ces foutues tailles.

Alors, la solution serait-elle de créer une charte universelle à laquelle toutes les marques pourraient et devraient se référer ? Oui mais dans ce cas, que fait-on des différences de tailles que l'on peut observer en Europe, aux Etats-Unis, en Asie ? Doit-on considérer qu'une cliente de 18 ans et une de 62 ans peuvent toutes deux se référer au même S ? Et doit-on oublier qu'un 38 chez une morphologie en 8 ne tombera pas de la même manière que chez un X, un H ou en O ? Des questions qui se posent d'autant plus avec le boom du shopping en ligne, où la case essayage est volontairement zappée (responsable au passage de nombreux retours, très mauvais pour la planète).

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Pourquoi les tailles de vêtements ne veulent rien dire du tout 

« Chaque enseigne a sa cible. Un 38 ne sera pas le même si elle vise les 18-35 ans ou les 45-65 ans, explique au Parisien Cathy Xicluna, l'une des fondatrices de Clickndress, plateforme qui permet à l'acheteur·se d'obtenir des conseils pour mettre en valeur sa morphologie. Avec le développement du commerce électronique, ce problème a même pris de l'ampleur. Nous avons désormais plus de choix et zappé l'étape cabine d'essayage. Or, chaque marque a son propre taillant. Du coup, 20 à 40% des produits commandés sur Internet sont retournés. Mais, attention, nous ne prônons pas une standardisation des tailles, isolant certains physiques » tempère-t-elle.

Bref, entre le body shaming, le vanity sizing et le shopping personnalisé, la solution pour mettre fin aux galères de tailles ne semble pas encore trouvée...

Source : Shoko - Crédit : Unsplash @Mark Zamora, Unsplasg @Cam Morin