Oliviero Toscani pour Anti-Clichés de Balsamik, son interview mode !

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Dernier jour pour voir l'exposition Anti-Clichés de Balsamik x Oliviero Toscani. Pour mieux comprendre ce projet, meltyFashion a rencontré ce géant de la photographie de mode

Il y a plusieurs mois déjà, Balsamik organisait un casting avec Oliviero Toscani pour leur expo commune Anti-Clichés. Si le projet a mis un peu de temps à se mettre en place c'est que la qualité ne devait en aucun cas être entachée par la précipitation. En effet, Oliviero Toscani, photographe mondialement reconnu pour son travail subversif et engagé, voulait minutieusement choisir ces filles et femmes ambassadrices d'un corps réel et non fantasmé. Lutter contre les clichés du monde du mannequinat, tel est le point d'orgue de cette exposition, visible sur le parvis de la gare Saint-Lazare à Paris, qui se termine aujourd'hui. meltyFashion s'est rendu sur place pour admirer les expressions de ces femmes bien dans leur peau et qui nous donnent envie de nous assumer. Les acteurs de la mode l'ont compris, nous sommes en pleine mutation avec une acceptation générale d'un corps qui évolue et qui n'est pas un copié-collé des magazines. Oliviero Toscani en a fait, une fois de plus, son cheval de bataille en montrant la beauté telle qu'on peut la voir dans la rue.

Oliviero Toscani pour Anti-Clichés de Balsamik, son interview mode ! - photo
Oliviero Toscani pour Anti-Clichés de Balsamik, son interview mode ! - photo
Oliviero Toscani pour Anti-Clichés de Balsamik, son interview mode ! - photo
Oliviero Toscani pour Anti-Clichés de Balsamik, son interview mode ! - photo

La marque collabore sans cesse avec des pointures de la mode, rappelez-vous de notre interview exclu d'Isabelle Thomas pour sa collection capsule pour Balsamik. Pour rendre physique son aventure auprès des femmes de tous corps, toutes morphologies et surtout de toutes personnalités, la marque française a choisi comme photographe Olivero Toscani qui repousse les limites pour livrer une série photographique, de grands formats, réalistes et spontanés. Qu'elles aient 25 ou 60 ans, ces femmes montrent que la beauté est une question de confiance et que les canons de beauté de la mode actuelle sont assez erronés. Exit les mannequins de 14 ans que l'on prend pour modèle et qui nous donnent des envies de régimes draconiens, aujourd'hui place à la vraie femme, celle qui assume formes et petits défauts et qui trouve comme allié Balsamik avec des pièces stylées et adaptées à chacune. Le rôle d'Olivero Toscani ? Celui de révélateur de beauté. A travers son expérience et son oeil aiguisé, le maître de la photo provoc' accompagne ces femmes dans leur acceptation d'elle-même avec un discours très tranché. meltyFashion a rencontré Olivero Toscani qui se confie sur la mode, l'exposition Anti-Clichés by Balsamik, la beauté et les femmes avec des toute l'intelligence et le franc-parler qui le caractérisent.

meltyFashion : Vous présentez aujourd'hui "Anti-Clichés" aux côtés de Balsamik. Pouvez-nous raconter l'histoire de cette collaboration ?

Oliviero Toscani : La marque Balsamik a pensé à faire quelque chose qui ne se conformait pas à la mode normale. Depuis longtemps, j'utilise des modèles qui ne sont pas des mannequins. On a discuté de ce que l'on pouvait faire, de la façon dont on pouvait la faire, le système, quelles femmes...

mF : Qu'évoque pour vous le mot "cliché" ?

O.T : Le cliché pour moi, c'est appartenir aux clichés. C'est appartenir à du déjà-vu. Les femmes qui se respectent et s'aiment ne sont pas des clichés, elles sont des personnalités, elles sont uniques car elles ne sont pas des doubles. D'où ce nom.

mF : Quels ont été vos critères de sélection pendant le casting géant fait aux côtés de Balsamik ?

O.T : On a regardé pratiquement mille femmes. Ce n'était pas la beauté que l'on voit dans les journaux. On voulait des grandes, petites, pas dans les formes que l'on voit dans les journaux de mode. On voulait aussi des femmes de tout âge pour avoir différentes beautés.

mF : Qu'est-ce qu'"Anti-Clichés" peut apporter aux femmes comme moi, selon vous ? Plus de confiance ? Plus de liberté ? Moins de pression ?

O.T : Vous auriez pu être dans la photo, je pouvais photographier n'importe quelle fille du moment qu'elle avait quelque chose à raconter avec son corps.

mF : Pour Benetton déjà vous jouiez avec les amalgames et luttiez contre les clichés, le tout avec une dose subtile de provocation. Qu'est-ce qui vous attire dans la subversion en photographie ?

O.T : Je suis un reporter de mon temps, je suis un témoin de mon temps et là le fait que les femmes acceptent cette beauté stéréotypée des journaux de femmes, je ne trouve pas ça bien. Les femmes sont agacées par leur beauté. Vous ne vous plaisez pas et même des femmes qui sont belles. Vous êtes une bande d'idiotes.

mF : En ce moment y a-t-il une campagne ou une cover de magazine qui vous plaise particulièrement ?

O.T : C'est difficile les gens veulent une beauté conformée, des uniformes. Regardez les femmes arabes mettent des burkas, vous vous mettez du Prada, du Louis Vuitton. Sans ces marques vous ne vous sentez pas dans la religion juste. (la mode) Donc non.

mF : Le cliché dans la mode c'est ?

O.T : C'est la banalité du déjà-vu. Toujours les même top models vidés de leur âme qui se foutent totalement d'être vides. Elle doivent être des objets et acceptent ça.

mF : Une belle femme c'est ?

O.T : Il n'y en a pas deux pareilles. Une belle femme c'est une personnalité.

mF : La photographie de mode en 2015 c'est ?

O.T : Ce sont des photos de produits pour faire vendre les marques. C'est du marketing. La vraie photo de mode devrait être l'expression, le témoin d'une esthétique sociale et socio-politique. Quand j'ai photographié la première fois la mini-jupe c'était une façon de se présenter à la société qui cassait tout le système, tous les codes. Une série de mode socio-politique. Il n'y a plus de ça. Je parle du rédactionnel. Même les rédactrices de mode ne recherchent pas ce qui représente la société moderne, la condition humaine de ce qu'est la femme aujourd'hui. Elles doivent juste placer certaines marques. Le monde est en train de changer, on vit une révolution et ça peut être intéressant à photographier.