Plus size : Clémentine Desseaux, le top qui monte en interview exclusive

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Il y a peu, nous avons eu la chance de rencontrer Clémentine Desseaux, mannequin plus size. Parfois un peu en colère, tantôt émouvante : nous faisons la connaissance d'une femme vraie qui veut partager ses expériences avec meltyFashion

C'est à l'occasion de la Pulp Fashion Week, à Paris, que nous avons eu la chance de rencontrer Clémentine Desseaux. Invitée spéciale de cette Fashion Week toute aussi spéciale, elle se prête au jeu des questions/réponses avec tout le professionnel et le naturel qui la caractérise. Devenue mannequin par hasard, c'est après un concours à Miami dans lequel elle finit première que tout s'amorce pour elle. Mal dans sa peau toute son enfance, Clémentine Desseaux trouve aux Etats-Unis ce dont elle a manqué en France : de la liberté et des personnes qui la soutiennent plutôt que de la juger, pour un physique qui ne rentre, selon des stéréotype idiots et finalement très européens, dans les clous.

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Comme le collectif We Are The Models, les blogueuses qui vivent la mode sans complexe, Clémentine Desseaux essaie de lutter, comme elle le peut et à son échelle, à ce diktat imposé par une industrie trop peu ouverte d'esprit. Connaissant les Etats-Unis sur le bout des doigts, elle pointe les différences notoires entre deux cultures et, tristement, fait le constat que les choses ont du mal à évoluer en France. Pour Clémentine Desseaux, tout cela est avant tout du à l'obsession des européens et, surtout de nous Français, à conserver une image parfaite de nous-mêmes. N'hésitez pas à la découvrir aussi sur son blog.

meltyFashion : Que pensez de cette appellation "plus size" ? Stéfania Ferrario, un top plus size, s'est érigée contre l'appellation sur Instagram il y a peu.

Clémentine Desseaux : J'ai l'impression qu'on en parle tout le temps. Dès qu'un mannequin met un truc sur Instagram on le prend comme un mouvement, alors que non. Le truc c'est juste que l'on aimerait bien être "juste" des mannequins. Mais c'est comme dans la vie ! On n'a pas envie d'être appelée "femme ronde", "femme petite", "femme grande". C'est le même problème. A la naissance de cette industrie, ils étaient obligées de préciser "plus size" dans les rayons car c'était tout nouveau. Il fallait bien quelque chose pour différencier. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, on pourrait s'en débarrasser ! Je ne me présente pas comme un "top grande taille". Parfois, je me présente juste comme "mannequin" auprès des gens. Ils me regardent bizarrement ! Alors je suis obligée de préciser "mannequin pour les femmes rondes". Après, je ne vais pas dire que ça me dérange. Je ne me présente juste pas comme telle.

mF : C'est de catégoriser les choses qui vous gêne, en fait

CD : Oui, si nous arrêtions d'étiqueter tout et tout le monde, tout le monde s'en porterait mieux ! Plus nous serons inclues dans les médias, plus les femmes s'accepteront car ça sera devenu "la normalité". Je me suis déjà faite insulter dans la rue parce que j'étais grosse : si nous étions moins stigmatisées, ça n'arriverait pas. Quand on nous voit dans un magazine, c'est toujours dans une édition "spéciale ronde". En gros, différence=dans un coin et basta !

mF : Voir dans une même séance photo tous les types de mannequins aiderait beaucoup ...

CD : Ca arrive aux Etats-Unis dans presque toutes les éditions maintenant, même dans Vogue. Là-bas, il n'y pas de telle scission. Ici, en France, à part voir Tara Lynn une fois par an dans ELLE, il n'y a rien.

mF : Quelle est la plus grosse difficulté pour s'habiller quand on est ronde ?

CD : Trouver des choses qui nous vont ! Des marques qui nous plaisent et qui ont des tailles pour nous. Quand je vivais ici, c'était une vraie galère, pourtant je ne fais qu'un 44. Sinon, il faut aller sur les sites Internet, c'est encore là-bas que l'on trouve les meilleures pièces, comme sur ASOS. On donne toujours des conseils aux femmes rondes en leur disant de ne pas mettre telle ou telle pièce. Moi j'ai surtout envie de leur dire de s'habiller comme elles en ont envie ! Les rondes, tout leur va, ce n'est qu'une question de choix.

mF : Pourquoi aussi peu de choix selon vous ?

CD : En fait, aux USA, tout est régi par l'argent. Dès qu'ils ont compris qu'ils allaient se faire beaucoup d'argent avec des marques tendances et plus size, ils se sont engouffrés dans la brèche. Maintenant, c'est le secteur mode qui fait le plus de sous là-bas ! En Europe, nous sommes encore trop dans l'image, la réputation. Il faudrait à un moment comprendre que la "parisienne", bah c'est plus Inès de la Fressange, même si elle est super.

mF : Des filles comme Kim Kardashian, qui ont plus de forme que le mannequin type dans la mode, font-elles évoluer les choses ?

CD : On accepte les formes de Kim Kardashian parce que c'est Kim Kardashian. Kim Kardashian est la personne qui fait vendre le plus au monde. C'est la seule raison. J'attends de voir une autre fille à grosses fesses en couverture des magazines. Après, oui, c'est vrai que ça contribue à faire évoluer les mentalités. Beyoncé, Kim Kardashian, c'est vrai qu'elles sont les nouvelles inspirations. Mais la mode ne suit pas.

mF : Le regard des gens sur vous a changé depuis que vous êtes connue ?

CD : C'est moi qui ai changé le regard que j'avais sur moi. Et ça, ça a fait changer le regard des autres sur moi. Avant, dès que l'on me regardait dans la rue, je me disais "c'est parce que je suis grosse".

mF : Vous faisiez des régimes avant ?

CD : Oui. Je n'en avais pas envie. Mais il y a avait une voix dans ma tête qui me disait "si tu étais mince, tu pourrais faire ça ! ". Alors j'essayais de mincir.

mF : Partir vivre aux USA était un choix lié à votre poids ?

CD : J'ai toujours aimé les Etats-Unis, j'y étais déjà allée plusieurs fois auparavant. A Paris, j'étais triste, mal dans ma peau et au plus haut de mon poids. Je n'étais pas faite pour vivre ici. J'étais si mal que je me suis dit que je devais faire quelque chose : tu pars 3 mois aux Etats-Unis, et tu verras bien. Vous connaissez la suite ! J'ai eu beaucoup de chances. Ce n'était pas moi le problème, c'était l'environnement.

mF : Pourquoi vivre à New-York ?

CD : Je suis partie d'abord vivre à Miami pour des raisons personnelles, je n'étais pas mannequin et ne pensais pas encore le devenir. C'est à la suite d'un concours (American Apparel Bodysuits) -que j'ai gagné- que je suis devenue mannequin. Après, tout s'est enchaîné: on m'a appelé pour me demander si une agence me représentait aux USA. J'ai accepté puis je suis partie à NYC pour développer ma carrière, c'était il y a un an et demi. Je savais pas quoi faire, ça tombe bien !

mF : Si la mode plus size se démocratise en France, vous reviendrez vivre ici ?

CD : On en parle de revenir... Mais c'est pas pour tout de suite. Je ne veux pas quitter NY et de toutes façons, je pense que je vais attendre de voir comment le marché se développe ici. Pour l'instant, en France, c'est complètement bloqué. Ca en devient presque triste ! C'est le seul endroit du monde où je vais et où j'ai une telle impression. C'est bizarre ce comportement envers les grandes tailles et la différence en général, c'est très français, on dirait ! Pourtant, il y a des événements comme la Pulp Fashion Week qui essaient de faire bouger les choses. Ca ira petit à petit...

mF : Comment pensez-vous être vue en France ? Par le milieu de la mode ou même les gens en général...

CD : Je ne sais pas ! Je n'ai travaillé qu'une ou deux fois ici. Par contre, avec les "fans", les blogueurs etc, ça se passe vraiment très bien. Je reçois plein de lettres de fans françaises qui me demandent comment elles-mêmes peuvent devenir mannequin plus size. J'ai même un blog pour partager ce que je vis en temps que mannequin.


2 commentaires
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    Attend attend ...elle a dit " je ne fait qu'un 44"....????? Moi si un jour je fait un 44 je me suicide direct. Mdr rentre chez toi la grosse ou va te faire du sur mesure! C'est dégoûtant a voir ces genre de gens qui bouge leur graisse.
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    oh ça tombe bien j'adore les gens qui s''énerve comme ça et d'un cout devient émouvant