Pourquoi faut-il définitivement arrêter de simuler l'orgasme ?

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Simuler, ce n'est donc pas uniquement un acte individuel que l'on fait dans l'intimité de notre chambre à coucher

Au début, ça partait certainement d'un bon sentiment : pour mettre un terme à votre étreinte mais surtout récompenser ton partenaire pour son dur labeur (ou pas), tu a forcé quelques soupirs de plaisir et simulé un orgasme plus vrai que nature - tout le monde est content, on peut enfin aller se coucher. Et puis tu l'as refait la fois suivante. Et celle d'après. Et sans même t'en rendre compte, la plupart de vos ébats se terminent à présent sur ces notes bruyantes : tu as pris l'habitude de faire croire à ton mec/ta meuf que tu prenais du plaisir pendant l'acte, alors il n'y a plus vraiment de machine arrière possible - il ne comprendrait pas ton changement soudain de volume sonore au lit.

Simuler l'orgasme, près de 7 femmes sur 10 s'y seraient déjà adonnées selon une étude menée par la plateforme de téléconsultation Zava et 35% des femmes interrogées ont même déclaré le faire régulièrement (2% toujours, 9% presque à chaque fois et 24% parfois) : autant dire que l'on a là une pratique relativement démocratisée, si l'on en croit les sondées - et à vrai dire tout le monde, puisque c'est la simulation est connue comme le loup blanc, sans cesse abordée dans la presse spécialisée.

Et jusqu'il y a peu, si la simulation demeurait taboue au sein des couples, elle était communément acceptée par la société - voilà, c'est un fait, les femmes sont des simulatrices, imprimez-le dans votre tête mais ne cherchez pas à savoir pourquoi, fin de l'histoire merci au revoir. Preuve en est qu'il y a du chemin à parcourir pour tout le monde afin de faire évoluer les mentalités sur la simulation : 48% des femmes interrogées par Zava ont déclaré rester neutres face à l'idée de simuler avec leur partenaire, et pour 25% d'entres elles "être contentes de pouvoir le faire".

C'était compter sans le mouvement féministe - initié entre autres par la campagne #MeToo - venu libérer la parole des femmes et délier les langues au sujet de comportements hérités d'une patriarchie millénaire. Au détour d'une conférence militante ou d'un compte Instagram cul(otté), les acquis de la simulation féminine se sont vus ébranlés : non ma fille, tu ne simuleras plus !

Mais pourquoi tant de virulence dans cette lutte contre la simulation de l'orgasme ? Pourquoi les femmes devraient-elle mettre un terme à cette pratique et enfin assumer leur plaisir tel qu'il est, ou leur absence de plaisir ?

Si les féministes demandent d'y mettre un terme, ce n'est pas tant parce que c'est mal envers son partenaire - simuler l'orgasme va bien plus loin que la simple notion de bien ou de mal : simuler, c'est empêcher les comportements d'évoluer, c'est empêcher l'éducation sexuelle de se faire sur des bases réalistes, c'est empêcher les femmes de s'épanouir. En simulant l'orgasme, les femmes font croire à leur partenaire qu'elles ont pris du plaisir - il n'y a rien à redire sur cette prestation, tout était nickel, tu peux continuer comme ça. Le partenaire ne remet donc pas l'acte en question (c'est son tord de le prendre pour acquis, certes), que ce soit ses compétences/performances, ou l'état d'esprit de l'autre - parce que l'absence d'orgasme n'est pas seulement du ressort du/de la partenaire.

Simuler l'orgasme, c'est s'épargner une discussion de fond sur les choses qui ne vont pas, c'est se retenir de dire à son partenaire qu'il/elle ne nous caresse pas comme on aime, qu'il/elle ne s'y prend pas comme il faut, se retenir d'exprimer ses désirs et ses fantasmes - et c'est donc passer à côté de son plaisir. Dommage ! Sur la durée, après des semaines voire des années d'orgasmes simulés, c'est aussi et surtout plus difficile de communiquer ouvertement à ce sujet avec son partenaire, c'est même prendre le risque de fragiliser sa relation en brisant l'honnêteté et la confiance qui étaient instaurés.

Enfin, simuler l'orgasme, c'est aussi perpétuer tout un tas de clichés sur le plaisir féminin. Parce que le porno joue malheureusement aujourd'hui un rôle important dans l'éducation sexuelle des jeunes, c'est avec de nombreuses idées préconçues qu'ils arrivent à l'âge de leur premier rapport - et qu'ils reproduisent ce qu'ils ont appris. Parce qu'ils ont vu les femmes prendre du (faux) plaisir de telle ou telle manière dans les films, ils pensent que leur partenaire en prendra également - et le fait est que leur partenaire ne les contredit pas. Rageant ! En arrêtant de simuler l'orgasme, ce sont toutes les générations actuelles et à venir qui pourront remettre en question leurs acquis, en apprendre davantage sur le véritable plaisir féminin, et le transmettre.

Simuler, ce n'est donc pas uniquement un acte individuel que l'on fait dans l'intimité de notre chambre à coucher, c'est une pratique qui cause du tord à toutes les femmes et tous les hommes de cette planète, empêchant chacun d'entre nous d'apprendre et d'évoluer. Alors comme le dit si bien Jemenbatsleclito : "Libérée, délivrée, je ne simulerai plus jamais !".

Source : Shoko - Crédit : Emiliano Vittoriosi via Unsplash