Un rapport le dit : pour contenir le réchauffement climatique, il faut consommer moins de viande

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L'heure est grave.

Voilà un rapport qui donnera du fil à retordre aux climato-sceptiques. Ce jeudi 8 août 2019, après plusieurs mois de travail intensif, un groupe d'experts de l'ONU a rendu la deuxième partie d'une étude sur l'environnement. Intitulé « Changement climatique et terre », ce rapport spécial du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) monté par quelques 107 experts de 52 pays se penche sur diverses conséquences d'un réchauffement climatique de 1,5°C à 2°C de notre planète et avance des pistes pour endiguer le phénomène.

Dans ce rapport de plus de 1000 pages, l'alimentation occupe une place importante et à juste titre : cultures et bétail jouent un rôle majeur dans le réchauffement climatique, même s'ils ne sont bien pas les seuls coupables (industries, transport et bien d'autres secteurs participent au phénomène). Notamment, la consommation de viande fait l'objet de nombreuses réflexions à cause de la forte pollution engendrée par l'élevage de ruminants (bovins), de volailles, porc, moutons et autres espèces.

D'après le rapport, qui s'appuie sur plus de 1000 références bibliographiques, la viande rouge serait la viande la plus « inefficace » en terme d'émissions de CO2 par kilo de protéines produites, et la viande de ruminant serait ainsi considérée comme la viande ayant l'impact environnemental le plus fort. Aux Etats-Unis, 4% de la nourriture vendue correspond à de la viande bovine, et celle-ci serait à elle seule responsable de 36% des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie alimentaire. Le rapport va plus loin : dans l'Union Européenne, d'un point de vue uniquement climatique, réduire de moitié la consommation de viande, produits laitiers et oeufs permettrait de réduire de 40% les émissions d'ammoniaque, de 25% à 40% les gaz à effet de serre (hors CO2) et de 23% l'utilisation de terres agricoles.

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Les ruminants, des animaux à l'impact environnemental fort

Réduire sa consommation de viande serait donc, selon le rapport, une mesure d'adaptation puisqu'elle permettrait d'endiguer le réchauffement de l'atmosphère, de réduire la pression sur les terres et sur une ressource naturelle que nous prenons (à tord) pour acquise et illimitée : l'eau, mais aussi de réduire les risques de maladie (obésité, diabète, cancer, maladies cardio-vasculaires...). « Lorsque la terre est dégradée, elle devient moins productive, restreignant ce que l'on peut y cultiver, et diminuant la capacité des sols à absorber le carbone. Ceci exacerbe le changement climatique, tandis que le changement climatique exacerbe de son côté la dégradation de la terre de nombreuses façons. », explique le GIEC dans la synthèse de son rapport.

Comme alternatives à la consommation de viande, le groupe d'experts avance plusieurs possibilités, toutes centrées sur une plus grande consommation de végétaux et une moindre consommation de viande. Ils mentionnent notamment une étude de Marco Springmann concluant au bien-fondé du régime flexitarien - fruits, légumes, protéines végétales, protéines animales en modestes quantités et consommation limitée de viande rouge, sucre raffiné, graisses saturées et amidon - si l'on ne souhaite pas se tourner vers une alimentation végétarienne ou végane. Les substituts de viande tels que les imitations de viande (à partir de produits végétaux), la viande in vitro et les insectes pourraient également aider à faire la transition vers une alimentation plus saine et durable, bien que leur empreinte carbone demeure aujourd'hui incertaine, ajoute le rapport du GIEC.

« Des régimes équilibrés incluant des aliments d'origine végétale tels que les céréales complètes, les légumineuses et noix, les fruits et légumes et de la viande animale produite de façon durable avec de faibles émissions de gaz à effet de serre, représentent d'immenses opportunités d'adaptation et de limitation du réchauffement climatique », conclue Debra Roberts, co-présidence du groupe de travail II du GIEC. Malheureusement, la production de fruits et légumes reste fortement vulnérable au réchauffement climatique. Le dérèglement du climat (fortes pluies, périodes de sécheresse accrues...) altère fortement les récoltes (rendement, qualité nutritive) : cela peut notamment engendrer une augmentation des prix pour compenser les pertes, mais également une utilisation accrue d'engrais et pesticides, elle-même néfaste pour les pollinisateurs et la biodiversité en général.

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Consommer plus de produits végétaux et moins de viande, le défi pour endiguer le réchauffement climatique

L'augmentation de la consommation de produits d'origine végétale ne peut donc aller sans la réduction de la production et de la consommation de produits animaux : si l'on veut garantir l'avenir de notre planète et empêcher un réchauffement climatique supérieur à 1,5°C, dont les conséquences seraient tragiques, c'est donc maintenant qu'il faut agir et changer ses habitudes. Reste à savoir si les états à l'origine du rapport du GIEC sauront prendre les mesures nécessaires à l'application des recommandations des experts...

Source : Shoko / ipcc.ch - Crédit : Sveta Fedarava via Unsplash, Annie Spratt via Unsplash, Robert Bye via Unsplash