Ragnagnas, mickeys... tous ces petits noms qu'on donne à nos règles et qu'on ne veut plus entendre

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Florilège d'expressions toutes plus fleuries les unes que les autres.

Si on déborde d'imagination lorsqu'il s'agit d'employer des expressions pour parler de masturbation, les meufs sont aussi très fortes pour donner des petits noms à leurs menstruations. Car non, on ne dit jamais (ou presque) que l'on a nos règles ou nos menstruations : on préfère employer des termes plus fleuris pour mentionner nos pertes de sang, signe manifeste que cela reste un tabou aujourd'hui. Pourtant, les règles sont un phénomène physiologique qui atteste simplement que les cellules reproductives n'ont pas été fécondées ! Les règles ne sont ni sales ni honteuses alors pour cesser de les voir et de les vivre avec gêne, on fait un petit tour des (nombreuses) expressions françaises qu'on ne veut plus jamais entendre ni prononcer pour parler de nos règles. Florilège.

Avoir ses ragnagnas

C'a beau être un grand classique, la consonance de ragnagna nous hérisse le poil, comme les mots susurrer, glaire ou rognon. Pas étonnant qu'on soit en guerre contre nos règles, si on emploie un mot pareil !

Avoir ses trucs

Quitte à utiliser un mot fourre-tout, dites plutôt « j'ai mes Schtroumpfs », « avoir ses trucs » est bien l'expression qui entretient le plus le tabou autour des règles !

Avoir ses ours

On sait que l'on peut se transformer en monstre durant nos règles - ça s'appelle le syndrome pré-menstruel, ça aussi, mettons un nom dessus ! - mais de là à parler de grizzli, faut peut-être pas abuser, si ?

Avoir ses mickeys

Les mickeys, ce sont aussi les crottes de nez alors d'accord, nos pertes ressemblent parfois à de la vieille morve, mais pour nous, le terme ne peut pas désigner les deux choses à la fois, il faut choisir à un moment.

Avoir ses histoires

Ah ça, des histoires de règles, on peut toutes en raconter une palanquée mais en les apparentant à des mésaventures, on peut difficilement casser l'image embarrassante qu'on leur attribue.

Écraser des tomates

Il y a parfois à boire et à manger dans nos culottes, alors +1 pour l'expression culinaire !

Les Anglais ont débarqué

En 2019, faire référence à l'occupation des Anglais (en uniforme rouge) sous le règne de Bonaparte, c'est pas un peu daté, dis ?

Casser la gueule à son porteur d'eau

Parce qu'on disait devoir vider son porteur d'eau dans les années 1800 pour parler d'aller au petit coin, il semble logique qu'en période de règles, les femmes aient eu envie de « casser la gueule à leur porteur d'eau », ou porteur de sang, d'ailleurs.

Repeindre sa grille au minium

Non, il n'est pas nécessaire de bosser dans le BTP pour s'approprier cette expression, juste avoir quelques notions de bricolage - le minium étant une peinture rouge anti-rouille.

Avoir ses lunes

Est-ce parce que le cycle menstruel peut s'apparenter au cycle de la lune, ou parce que certains disent de nous que l'on est lunatiques pendant nos règles ? Hum. « Avoir ses lunes » garde sa part de mystère.

Avoir sa rue barrée

Alors non. Non. Notre rue n'est pas forcément barrée lorsqu'on a nos règles : on peut très bien avoir des rapports sexuels en cette période, et beaucoup de femmes sont d'ailleurs plus sujettes au désir à ce moment de leur cycle.

Traverser la mer rouge

Pour certaines, c'est une flaque d'eau, un lac, une mer ou même un océan donc bien vu pour le champ lexical marin, par contre on emploierait plutôt le terme « noyer » que « traverser ».

Recevoir sa famille

Normalement, recevoir ses proches ça fait plaisir (enfin, pas à tout le monde) alors apparenter nos règles à notre mif, c'est légèrement abusé - elles font partie de notre vie, mais pas de là à les aimer comme notre mère.

Avoir ses parents de Montrouge

Nous, on a bien envie de changer l'expression avec « beaux-parents », juste pour être pertinents.

L’armée rouge est en ville

L'armé rouge est en ville et a bien l'intention de semer la zizanie, tous aux abris !

Avoir ses Isabelles

Les règles ne devraient pas avoir de connotation négative mais tout de même, ce n'est pas très sympa pour toutes les Isabelle ; avoir ses Gertrude nous paraît plus approprié (no offense les Gertrude)

Relire Poil de Carotte

Alors on sait pas vous, mais pour nous, c'est plutôt « Le rouge et le noir » de Stendhal qu'un orange poil de carotte, hein.

Avoir ses roudoudous

Et pourquoi pas avoir ses choupinous, ses mignonnets ou ses choubidoux, pendant qu'on y est ?!

Cuisiner ses rougets

Pourquoi donc les rougets, pour la consonance du mot ou pour l'odeur ?

Avoir ses coquelicots

Ah, si seulement il nous tombait des coquelicots du vagin ! Non, on est bien loin de l'apparence ou de l'odeur d'une fleur, croyez-nous !

Être empêchée

Empêchée de quoi exactement ? Empêchée de vivre ? Empêchée d'être efficace dans son travail ? Empêchée d'avoir des rapports sexuels ? Non, les règles ne devraient nous empêcher de rien, cela ne fait pas de nous des êtres inférieurs !

Stop aux euphémismes lorsqu'il s'agit de parler de nos règles, toutes ces expressions ne font qu'entretenir le tabou autour des menstruations, comme si elles étaient sales, comme si prononcer leur véritable nom était abject. Et surtout, ne transmettons plus cette honte aux générations futures, osons enfin s'approprier le discours pour changer les mentalités !

Source : Shoko / Le sang des femmes, en finir avec les tabous de Hélène Jacquemin Le Vern - Crédit : Erol Ahmed via Unsplash, Chloé Bonnard,Sarah Da Silva,CARE France